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De la place Pie à l'ancien séminaire Sainte-Garde

Place Pie

La destruction, en 1562, de la maison de Jean-Perrin Parpaille, fils d’un ancien primicier de l’Université d’Avignon et ardent catholique converti au protestantisme, libéra un espace baptisé place Pie, du nom du pape régnant Pie VI. On y éleva une colonnade, premier élément d’une future halle destinée à abriter un marché aux légumes. L’ensemble ne sera terminé que vers 1624, la place étant élargie par la destruction d’un certain nombre de maisons. Un nouveau projet dû à Jean-Baptiste Franque entraîna la démolition de la halle, puis la reconstruction d’une nouvelle, à arcades de pierre, surmontée de greniers, appelée sextiers.

Baptisé place d’Armes sous la Révolution, le lieu continuait d’être un espace d’échange pour le commerce des fruits et légumes, puis il détrôna définitivement dans ce rôle l’ancienne place de l’Horloge. En 1844, sur la partie ouest de la place, une petite halle métallique installée devant l’ancienne commanderie augmenta la capacité commerciale du lieu. On détruisit sous le Second Empire la halle de Franque, on perça la rue Thiers (1869-1876) ouverte sur la place, on l’élargit encore par la tragique destruction de l’ancienne commanderie et on édifia, en 1899, de grandes halles métalliques, équipement nécessaire à l’approvisionnement de la cité. En 1972, les anciennes halles ont été remplacées par un nouvel édifice surmonté d’un parking.

Par la rue Saint-Jean-le-Vieux, qui se poursuit au-delà des terrasses de cafés, nous rejoignons la place Pignotte. Une institution du même nom, fondée en 1316, distribuait au pauvre de quoi subsister.

Chapelle de la Visitation

L’église du couvent de la Visitation est construite entre 1631 et 1638. Comme le rappelle l’inscription gravée sur la façade, le cardinal Mario Philonardi, vice-légat de l’époque, en est le mécène.

Ce chef-d’œuvre d’architecture, dû à F. de Royers de La Valfenière, adopte un plan en forme de croix latine. La façade, à deux niveaux séparés par une puissante corniche, l’inférieur composite, le supérieur corinthien, reprend la disposition de ce qu’on a appelé le style jésuite. Le riche décor sculpté s’associe à l’ensemble des formes pour donner un édifice tout d’équilibre et de charme.

Au XIXe siècle. les religieuses du Saint-Sacrement remplacent les Visitandines dispersées à la Révolution. Devenus propriété d’un particulier, la chapelle et les bâtiments conventuels bénéficient aujourd’hui d’une restauration et d’un entretien soignés.

A côté de la chapelle de la Visitation se trouve celle de la Congrégation des Hommes, édifiée entre 1751 et 1753 par François Lamy et Esprit-Antoine Rocas. C’est aujourd’hui le lieu de culte de la Mission italienne. Par la rue Paul-Saïn, à gauche, nous nous rendons au portail Matheron. Sur notre droite, le front de maisons, délimité par les rues Carreterie et Louis-Pasteur, constituait la façade de l’église du couvent des Augustins entièrement absorbé par des constructions post-révolutionnaires. Nous nous engageons dans la rue Louis-Pasteur. Au croisement avec la rue Guillaume-Puy, la place Louis-Pasteur présente, sous la forme d’une fontaine, un monument édifié en 1894 en hommage à Guillaume Puy, « le maire modèle » qui sut relancer l’économie de la ville au lendemain de la Révolution. Nous poursuivons notre route par la rue Louis-Pasteur. A l’extrémité de la rue on trouve l’hôpital Sainte-Marthe.

Hôpital Sainte-Marthe

En 1354, le chevalier Bernard Rascas, maréchal de justice, consacre dix mille florins d’or à la fondation de l’hôpital Sainte-Marthe. Le cardinal-légat Julien de la Rovère, en 1481, transforme l’établissement en hôpital municipal.

Une série de chantiers échelonnés entre 1667 et 1830 permettent l’élaboration d’une somptueuse façade de cent soixante-quinze mètres de long. Jean Péru, qui y travaille entre 1689 et 1693 en impose le dessin : des travées étroites et serrées, à deux niveaux de fenêtres, coiffées d’une pittoresque lucarne. Sur ce modèle J.-B. Franque réalise l’aile orientale entre 1743 et 1745, puis, aidé de son fils François, il édifie le portique aux puissantes colonnes du pavillon central. (Cloître, Pharmacie, Parc)

En fonction jusque dans les années 1980, l’hôpital Sainte-Marthe, entièrement réhabilité, accueille depuis 1997 l’Université d’Avignon.

Si le portail de Sainte-Marthe est ouvert, nous traversons le domaine universitaire jusqu’à la porte des remparts. Une fois à l’extérieur nous suivons l’enceinte par la gauche pour pénétrer à nouveau en ville par la porte Saint-Lazare. Dans le cas contraire, nous poursuivons notre chemin par la rue de Rascas.

A l’angle de la rue Sambuc nous trouvons la façade à deux étages, sommée d’un fronton, de la chapelle des religieuses de Saint-Joseph qui étaient en charge de l’hôpital. Edifiée en 1751 par Jean-Baptiste Franque « elle est la plus élégante et la plus gracieuse des constructions religieuses réalisées par lui »(J.Girard). Par la rue Saint-Bernard nous arrivons à la porte Saint-Lazare par laquelle nous sortons. La porte Saint-Lazare ne comportait à l’origine qu’une ouverture.

En 1568, au moment des guerres de Religion, elle fut fortifiée par un « ravelin », ouvrage de plan carré dont le vestige d’une tour ronde subsiste près d’un immense platane planté vers 1830. C’est par cette porte que se faisaient la plupart des entrées solennelles, royales et princières, comme celle de Marie de Médicis en 1600. Ces entrées empruntaient la rue Carreterie où nous nous engageons à présent. C’étaient des jours de liesse. Toute la population était concernée.

Le trajet de ces somptueux cortèges étaient jalonné d’arc-de-triomphe et de fenêtres pavoisées. Le carrefour en fourche avec la rue des Infirmières a conservé le nom de Belle-Croix d’une grande croix couverte du XVème s. Il s’agissait d’un édicule flamboyant, orné de pinacles, formant un baldaquin au-dessus de la croix. Le nom de la rue des Infirmières vient du nom de la vieille enceinte à partir de laquelle elle s’est développée. Le portail des Infirmières, signalé dès 1242, était peut-être ainsi dénommé à cause des «infirmeries» Saint-Lazare où l’on soignait les lépreux. Nous prenons, à gauche, la rue Cabassole qui nous ramène dans la rue Carreterie, puis nous tournons à droite.

Clocher des Augustins

Le pittoresque clocher qui domine la rue de la Carreterie est à peu près tout ce qui reste de visible de l’ancien couvent des Augustins édifié hors de l’enceinte romane dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Ce clocher, élevé entre 1372 et 1377, apparenté aux autres constructions avignonnaises de ce type, présente deux particularités : la première, d’avoir reçu une horloge publique en 1497 ; la seconde, d’avoir vu sa flèche tronquée en 1562 et remplacée par un campanile destiné à recevoir la cloche du couvent de Notre-Dame de Bon-Repos à Montfavet aujourd’hui conservée au Palais des Papes.

Une récente étude archéologique a permis de relever dans les maisons actuelles les vestiges de l’église qui se développait le long de la rue et d’en rétablir le plan. Construite à la fin du XIIIe siècle et terminée sous Jean XXII elle était l’une des plus vastes de la ville.

Au n°29, nous passons devant la porte du couvent des Carmes que nous sommes en train de contourner. La place des Carmes, du fait que l’église fut le siège du Club des Jacobins et joua un rôle important durant la période révolutionnaire, fut un certain temps appelée la place de la liberté. En 1889, on l’avait même dotée d’une fontaine commémorative du centenaire de la Révolution, monument qui disparut en 1956 pour trois places de parking. Le dimanche matin, la place est toujours animée par un traditionnel marché aux puces.

Eglise et cloître des Carmes

Les Carmes arrivent à Avignon en 1267. Ils édifient leur couvent à l’extérieur de l’enceinte, entre le portail Matheron et le portail des Infirmières. L’église est reconstruite au XIVe siècle grâce aux libéralités de Jean XXII, puis de Clément VI. La nef unique, bordée au nord et au sud par des chapelles suivant le rythme des travées, couverte à l’origine d’une charpente, n’est dotée d’une voûte qu’en 1836. La façade sur la place, très sobre, est ornée d’un gâble flamboyant et d’une rose réalisés au XVe siècle.

L’église des Carmes joue un rôle important durant la Révolution. En 1803 elle reçoit le titre de Saint-Symphorien et devient église paroissiale en remplacement de l’ancienne église de la rue Banasterie détruite en 1795.

Au nord, se dresse encore le cloître qui est devenu, après réhabilitation, un lieu permanent du Festival d’Avignon.

Au fond de la place des Carmes nous tournons à gauche pour rejoindre les rue et place des Trois-Pilats. Sur cette charmante placette pavée d’une calade nous remarquons, au n°16 l’hôtel de Gasqui construit dans le second quart du XVIIIème s. Un peu plus loin nous prenons à droite la rue Lafare. A son débouché sur la place du Grand-Paradis nous découvrons la façade et le mur méridional de la chapelle des Pénitents violets édifiée en 1740 par Jean-Baptiste Péru. Deux pas plus loin nous arrivons sur la place Saint-Joseph. Il suffit de lever les yeux devant le n°13 bis pour découvrir l’enseigne en faïence, datée de 1737, du maître faïencier Louis Carbonel. Au bout de la place se trouve la grande porte du lycée Théodore-Aubanel construit sur l’emplacement du couvent des Carmes déchaussés.

Nous prenons à gauche la rue Palapharnerie (de « palefrenerie » ou écuries du pape), et nous regagnons les remparts. Avant de sortir par la porte de la Ligne, réalisée par Jean-Baptiste et Jean-Pierre Franque en 1757, nous nous arrêtons pour voir l’ancien grenier à sel édifié par Jean-Ange Brun en 1756, récemment restauré et aménagé par Jean-Michel Wilmotte. A l’extérieur, nous découvrons le Rhône et son port. Le quai de la ligne tient son nom de la legno (bois en provençal). C’est ici qu’était déchargé le bois à brûler. Nous traversons à nouveau les remparts par une poterne qui donne dans la rue Banasterie.

Le quartier à droite, au pied du Rocher, a été occupé par la prison, anciennement hospice des Insensés auquel était attachée la chapelle des Pénitents noirs de la Miséricorde.

Chapelle des Pénitents violets

La confrérie des Pénitents violets est née d’un schisme des Pénitents bleus en 1662. Ces pénitents, placés sous l'invocation de Jésus-Marie-Joseph, autrement dit de la Sainte Famille, font construire leur chapelle au Grand-Paradis sur un terrain appartenant au chapitre de Saint-Pierre. Les vestiges de cet édifice, la façade principale à fronton et la façade en retour au midi, témoignent du beau travail d’architecture dessiné par Jean-Baptiste 1er Péru en 1740, réalisé par les maçons Jean-Antoine Chambon et Pierre Mottard.

La confrérie est supprimée en 1792 et la chapelle vendue comme bien national. Elle devient alors magasin de garance, puis après différents usages, garage automobile. Ce monument, inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1966 et toujours dans le domaine privé, mériterait une restauration.

Grenier à sel - Porte de la Ligne

Le grenier à sel, établi près du port du Rhône, a été construit par Jean-Ange Brun en 1756. Il présente une façade monumentale bordée de chaînes de refend aux angles. La porte s’ouvre dans un avant-corps encadré de piliers à bossages. L’édifice a été récemment restauré en vue d’activités culturelles et commerciales par Jean-Michel Wilmotte.

En face, s’ouvre la porte de la Ligne ainsi nommée du fait qu’elle donnait accès au port au bois, la legne ou ligne désignant en provençal le bois à brûler.

L’étroitesse de son ouverture et son état menaçant ont entraîné son déplacement au débouché de la rue Palapharnerie à l’angle de laquelle on venait d’élever le grenier à sel. Les travaux ont été réalisés en 1757-1758 sur un projet de J.-B. et J.-P. Franque dont le dessin prend pour base une arcature en plein cintre à refend.

Chapelle des Pénitents noirs

La confrérie des Pénitents noirs de la Miséricorde, fondée en 1586 par Pompée Catilina, se donne pour mission d’accompagner spirituellement et matériellement les prisonniers, d’assister les condamnés à mort, puis, au XVIIIe siècle, de s’occuper des aliénés dont l’hospice est alors voisin de leur chapelle.

Etablis en 1591 dans l’ancien prieuré Notre-Dame de Fenouillet qu’ils aménagent à leur convenance, les confrères commandent en 1739 à Thomas Lainée la restauration de leur chapelle : reconstruction de la façade, réfection du plafond, pose de boiseries intérieures. Lainée mort peu après, c’est J.-.B. Franque qui supervise le chantier. Le résultat est d’une rare élégance. La façade, particulièrement soignée, présente dans un grand relief au-dessus de la porte l’emblème de la confrérie : la tête de saint Jean-Baptiste sur un bassin enlevé par des anges.

La rue Banasterie, que nous continuons de suivre, présente de nombreux hôtels particuliers dont nous pouvons savourer l’architecture. Presqu’en face de l’hôtel Cohorn de Limon, au n°25, nous empruntons la petite rue Saint-Perpétue. En arrivant dans la rue Sainte-Catherine nous apercevons la façade d’une église transformée en théâtre. Il s’agit de l’église du couvent de Sainte-Catherine fondée vers 1251. Nous prenons à droite, puis de suite à gauche pour rejoindre la rue Armand-de-Pontmartin, puis de nouveau sur la gauche la rue de la Croix. Sur la place de la Bulle, la jolie façade de l’hôtel de Blanchetti occupe le petit côté d’un hôtel en réalité assez vaste. Elle date des environs de 1760 et pourrait-être l’œuvre de Jean-Pierre Franque. Par la rue Saluces, à gauche de cet hôtel, nous regagnons l’entrée du mont-de-piété.

Mont-de-piété

La congrégation Notre-Dame-de-Lorette, fondée en 1577, se donne pour but de soulager les pauvres. Érigée en mont-de-piété en 1610, elle devient apte à effectuer des prêts sur gage : c’est le premier établissement de ce type en France. Fort d’un succès continu, il repart d’un nouvel élan après le coup d’arrêt de la Révolution grâce aux talents des administrateurs qui ont l’idée de lui associer une Condition des soies destinée à apporter des subsides.

Le bâtiment principal se développe jusqu’en 1877 et s’orne de deux belles façades à chaque extrémité. La Condition des soies fonctionne jusqu’en 1928 et le mont-de-piété, devenu Crédit municipal, occupe les locaux jusqu’en 1986. Ceux-ci sont depuis affectés aux archives municipales qui offrent, en accès libre, un petit musée comportant des objets rappelant l’histoire et le fonctionnement des institutions qui les ont précédées.

Nous repartons par la droite en reprenant la rue du Mont-de-Piété, puis à gauche la rue de la Croix. Au portail Matheron, nous tournons à droite dans la rue Carreterie, puis au bureau de poste à gauche pour terminer notre promenade par la rue Général-Leclerc. Le palais de justice fut aménagé dans la première moitié du XIXème s. dans l’ancien séminaire Sainte-Garde, lui-même installé en 1752 dans le couvent des Annonciades Célestes. La chapelle fut édifiée en 1769 par Jean-Baptiste Lambertin. Désignée comme dernière construction religieuse de l’Ancien Régime, la chapelle a été transformée en salle d’audience.

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