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Le musée de luvre du Palais des Papes
Sept salles du monument ont désormais pour vocation de raconter lhistoire de ce prestigieux monument, et celle des hommes qui lont écrite, en apportant un éclairage particulier sur son architecture et ses décors prestigieux sans oublier lorganisation matérielle de lun des très grands chantiers du XIV eme siècle.
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Un musée au Palais des Papes, une idée récurrente
Nous le savons aujourdhui, le Palais des Papes est lun des plus importants monuments de son temps. Ce palais pontifical témoigne de la transformation dAvignon en capitale de la chrétienté au XIVe siècle. En 1840, il fit partie du millier dédifices classés sur la première liste de monuments remarquables du point de vue de lArt et de lHistoire. Il fut ouvert au public, en 1907. Depuis, il na cessé de faire lobjet détudes et de restaurations, révélant le caractère exceptionnel de sa construction et de son histoire. Dinnombrables propositions furent alors élaborées pour donner de nouveaux usages à ce palais qui paraissait vide et dépouillé. On envisagea dy regrouper les musées de la ville et la bibliothèque afin den faire un pôle éducatif et culturel (1860). On y installa les Archives départementales de Vaucluse en 1883. On pensa y créer le Panthéon de la Provence (1895). On commença dy implanter le Musée Médiéval de la région du Midi, dont deux salles demeurent, consacrées à des moulages (1913). On y réalisa le Musée du Vieil-Avignon, grâce notamment à la générosité dAnge Chambon (1924). On y fit un brillant festival à partir de 1947. On y aménagea un Centre international de congrès en 1976.

Ainsi a cheminé lidée de donner à voir aux visiteurs lhistoire du Palais des Papes. En 2002, lexposition Monument de lHistoire a constitué le premier volet de ce vaste chantier. Cette manifestation, développée sur une large partie du circuit de visite, présentait en trois sections lhistoire de lédifice :
- sa construction au XIVe siècle
- ses adaptations entre les XVe et XVIIIe siècles
- ses réaffectations et sa restauration aux XIXe et XXe siècles.
Lensemble avait été conçu pour être ensuite réemployé dans le cadre du futur musée, dans un souci déconomie. Cette exposition fonctionna comme une préfiguration grandeur nature du Musée de lOeuvre et rencontra un excellent accueil du public, qui ne pouvait que nous conforter dans nos choix.
De nouveaux choix pour la visite du Palais des Papes
Ainsi, ce musée et ce parcours de visite doivent-ils permettre de répondre aux interrogations nombreuses et récurrentes des visiteurs. Interrogations dordre générique sur le séjour de la papauté à Avignon, la construction du Palais et son histoire. Questions relevant de la difficulté dinterprétation de tel ou tel détail aperçu lors de la visite.
     
Le parcours du musée de luvre
La Grande Trésorerie
Avignon, capitale de la chrétienté
Au XIVe siècle, les murs du Palais du pape étaient recouverts denduits peints, ou de peintures ornementales ou figuratives, ainsi que de nombreuses tentures colorées. Parmi elles, les tapisseries vertes, parfois à roses rouges, avec les armes du pontife ou les clefs de lEglise, étaient les plus nombreuses. Les murs de la Grande Trésorerie étaient rehaussés de telles tapisseries vertes, dont on recouvrait aussi les tables de compte et les bancs
Ainsi des panneaux de draps de laine verts ont été disposés là pour évoquer laspect que revêtait ce lieu à lorigine, ainsi que des coffres gothiques ou néo-gothiques, depuis longtemps dans les collections du musée. Ils évoquent un mobilier disparu, mais dont témoignent avec précision les registres de comptabilité de la Chambre apostolique.
Sur trois lutrins, des cartes, des miniatures permettent de préciser quelques éléments majeurs du séjour pontifical à Avignon.
" Pourquoi les papes ont-ils quitté Rome ? " et " Pourquoi les papes ont-ils choisi Avignon ? ", telles sont les deux questions fondamentales auxquelles répond le premier lutrin.
Le suivant présente lorganisation de la Curie pontificale dont les chiffres oscillaient entre 450 et 650 membres selon les pontificats. Avec dune part les quatre grands corps du gouvernement de lEglise et dautre part les nombreux " offices " de la maison du pape. Ces deux organigrammes permettent dévoquer la foule bruissante de tous ceux qui travaillaient quotidiennement dans cet édifice.
Le troisième et dernier lutrin traite de lorigine des ressources financières et de la répartition des dépenses. Ainsi voit-on se dessiner léminente position dAvignon, siège du gouvernement de lEglise et ipso facto capitale de la chrétienté au XIVe siècle.
Le Trésor Bas
Le totem de cette salle montre une coupe de la Tour du Pape avec les diverses fonctions qui étaient les siennes.
Les objets présentés dans la vitrine prouvent que, récemment encore, les fouilles archéologiques ont permis de belles découvertes au sein de lédifice.
La salle de Jésus
Les papes et leur palais au XIVe siècle
Des maquettes de bois, réalisées par Patrice Berger, constituent un remarquable bilan des phases successives de la construction au XIVe siècle, depuis lancien palais épiscopal transformé en palais pontifical par Jean XXII. Lui succède le palais de Benoît XII, avec sa silhouette déroutante, à savoir les seules masses du Palais Vieux " débarrassées " du Palais de Clément VI. Puis vient le Nouvel uvre de Clément VI, suivi des adjonctions dInnocent VI et dUrbain V. Chaque nouveau corps de bâtiment se signale par sa teinte claire, tandis que les parties anciennes se patinent dans un bois sombre.
En correspondance, de grands panneaux enrichis dillustrations, évoquent cette succession de neuf pontificats :
Clément V 1305-1314 : Une étape supplémentaire dans le périple de la Curie
Jean XXII 1316-1334 : La transformation du palais épiscopal
Benoît XII 1334-1342 : La création dun nouveau palais pontifical
Clément VI 1342-1352 : Lachat dAvignon et lagrandissement du palais Vieux
Innocent VI 1352-1362 : Lachèvement du Palais Neuf
Urbain V 1362-1370 : Premier départ pour lItalie
Grégoire XI 1370-1378 : La fin des grands travaux et le retour à Rome
Clément VII 1378-1394 : Le début du Grand Schisme dOccident
Benoît XIII 1394-1409 : Le Palais sans le pape
Il fallait encore insister sur les étapes fondamentales de lenracinement de la papauté à Avignon dans la première moitié du XIVe siècle et en présenter les documents essentiels. Les Archives départementales de Vaucluse ont permis la réalisation de fac-similés de quatre documents darchives trop sensibles pour pouvoir être montrés en permanence. Trois bulles pontificales de Jean XXII et Benoît XII traitent respectivement de lagrandissement du palais épiscopal dAvignon (1316), des indulgences pour les fidèles visitant la nouvelle chapelle de Benoît XII et du projet dacquisition du palais en pleine propriété par ce même pape (1336). Vient ensuite le très fameux acte dachat de la ville dAvignon en 1348 par le pape Clément VI.
Dans certaines salles du musée, des lutrins proposent de la documentation complémentaire. Ici une chronologie politique présente les papes dAvignon et les rois de France.
Le Revestiaire pontifical
Des jardins de Benoît XII et de Clément VI jusquau verger dUrbain V, lévolution de la partie Est du Palais, souvent peu connue du visiteur, est évoquée ici grâce à une maquette reconstituant les bâtiments disparus de la Roma. Un plan général détaille lutilisation qui fut faite de lensemble du terrain (potager, ménagerie, verger
) accompagné du fruit des différentes fouilles qui y furent effectuées et en particulier des vestiges sculptés de cette fameuse fontaine ou " griffon " qui agrémentait la partie sud et qualimentaient un réseau de tuyaux de plomb dont quelques fragments sont montrés. Lintérêt pour le visiteur sera dobserver par la fenêtre les vestiges au sol des éléments évoqués ici.
La salle du Consistoire
Un gigantesque chantier de construction
Les thèmes choisis reflètent lorientation des recherches récentes consacrées au Palais des Papes et les relations étroites entretenues avec diverses universités et le CNRS dans la préparation du projet scientifique de ce musée.
On présente ici les grandes lignes de cette comptabilité, les dépenses pour les édifices et les uvres (expense pro edificiis et operibus), dont lenregistrement soigneux a permis décrire lhistoire de ce monument et de ce chantier. A côté de monnaies pontificales détails à ajouter, on montre lorganigramme des chantiers ouverts en 1344-1345 ainsi quune liste des artisans qui y ont travaillé ces années-là, avec leur qualification. Cette liste traduit la " part de rêve " perçant sous le travail de collecte scientifique : elle rend présents ces hommes, qui par centaines ont uvré, aux côtés de quelques grands maîtres duvre ou peintres du pape, à façonner cet édifice. Ces artisans, on les devine aussi à travers lémouvante collection doutils présentée : un ensemble légué par un tailleur de pierre, M. Henri Aubert, qui travailla à la restauration du palais , utilisant pour ce faire les mêmes outils que ses prédécesseurs du XIVe siècle. Des reproductions de miniatures montrent lemploi doutils similaires sur les chantiers de cette époque. Une maquette présente un détail dun mur de la tour Saint-Laurent en cours de construction, avec un échafaudage reconstitué daprès des travaux darchéologie monumentale. Lun des partis-pris de ce musée est de traiter de questions techniques concernant larchitecture.
Une seconde maquette de détail montre ainsi un système darmature métallique qui " armait " lencorbellement de la façade du passage de la Peyrolerie. Les barres métalliques déposées lors des travaux complètent cette vitrine. Aucun autre édifice provençal na fait lobjet danalyses comparables, analyses riches denseignement quant aux connaissances techniques de " larchitecte " (maître duvre) Jean de Louvres et à lutilisation du métal dans larchitecture médiévale. Lusage du métal dans ce palais était très important. Les portes étaient ferrées et cloutées comme le montrent les deux exemplaires contemporains provenant de la livrée dAlbano. On achetait, selon les archives, énormément de clefs dont quelques unes ont subsisté.
Enfin, le caractère défensif est évoqué à travers armatures et ailerons de gros garrots darbalètes à tour, clou imposant destiné à un de ces engins et boulets de catapulte de tailles diverses, qui nous renseignent sur la nature des attaques auxquelles les murs du Palais se devaient de parer. Des armatures de carreaux darbalètes, dont lune dentre elle est encore fichée dans un crâne, témoignent des sièges que le palais eut à subir, notamment sous le pontificat de Benoît XIII.
Le décor darchitecture
Si aucune des verrières du Palais na été conservée, au moins pourra-t-on désormais admirer la diversité des couleurs et des motifs qui ornaient ces vitraux grâce au panneau recomposé par Bernard Leone. Une pièce métallique en forme de trilobe rappelle la composition intérieure de ces grandes fenêtres qui apportaient couleurs et lumière à larchitecture. Un panneau propose un panorama des sculptures in situ que les visiteurs pourront ensuite admirer dans le Palais Neuf de Clément VI. Quelques éléments darchitecture sculptés, tels que des clefs de voûte ou des éléments de gargouilles, restaurées pour loccasion, révèlent certes les heures noires du palais pendant lesquelles elles furent déposées, mais surtout mettent à portée des yeux la précision du ciseau du sculpteur.
Dans ce palais où régnait la couleur, les sols de carreaux connurent une grande fortune. Production régionale unique, mêlant techniques et sources dinspiration diverses, ces carreaux à décor vert et brun composaient dimmenses tapis de sols. Les commandes pontificales ne furent pas réservées exclusivement au Palais dAvignon, comme le prouve la collection de carreaux provenant du château de Jean XXII à Châteauneuf-du-Pape.
Les peintures du Palais sont exclues de cette présentation car elles font lobjet dune documentation spécifique in situ, tant dans laudioguide que sous forme de nouveaux pupitres didactiques dans les chambres du Pape et du Cerf.
Cependant, les fresques de Simone Martini ont été déplacées dur mur ouest au nord. Ainsi, à présent, le fronton se superpose au tympan comme dans leur position dorigine et les sinopie, ou dessins préparatoires, sont présentées avant la couche picturale, suivant lordre dans lequel luvre a été exécutée. Mieux éclairées, protégées de la lumière naturelle par des stores, ces déposes font également lobjet dexplications sur deux lutrins placés sur le même mur.
Chambre du Pape et Chambre du Cerf
Dans ces salles peintes, la difficulté consistait à trouver un système électrique indépendant des murs, des plafonds et des sols entièrement ornés, où lon ne peut faire aucune fixation. Lenjeu est la mise en valeur par la lumière des décors ainsi que la mise à disposition du public dinformations concernant liconographie et le repérage des différentes scènes, le processus de création de ces peintures mais aussi les problèmes de restauration. Un système de schémas et de photographies permet une lecture renouvelée et enrichie. Rappelons que les fresques de la Chambre du Cerf furent dépoussiérées par des restaurateurs en 2002, en prélude à cette nouvelle présentation.
En outre, ce système simple (mobilier en bois) est conçu pour être temporaire et accompagner la réflexion en cours sur la présentation de tous les décors peints du palais. Cette réflexion aboutira à un rapport de synthèse devant permettre une meilleure prise en compte des problèmes de conservation préventive, de visite et de mise en valeur de cet ensemble unique en France.
Informations pratiques sur ce musée
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