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Le palais du Roure
 


En 1469, Pierre Baroncelli, originaire de Florence, acquiert la taverne de l’Amorier ainsi que deux petites maisons voisines de la livrée de Poitiers pour édifier sa demeure.

Un inventaire de 1501 nous livre quelques renseignements sur la construction, bien qu’aucun prix-fait n’ait été retrouvé. Dans un registre de comptabilité, il est fait mention d’un certain Antoine Colin, « maçon d’Avignon et artisan de la grande maison de Pierre Baroncelli ».

Antoine Colin a travaillé au chantier du palais épiscopal (Petit Palais), dont la conception s’inscrit dans la ligne de l’esthétique nouvelle et devient rapidement un modèle pour l’architecture domestique à Avignon et au-delà. C’est ce modèle que choisit Pierre Baroncelli, alors intendant du légat Julien de la Rovere.

L’édifice est composé de quatre corps de bâtiments qui délimitent une cour intérieure. De cette époque subsiste, entre autres, la façade sur rue qui présente un rez-de-chaussée massif percé de petites ouvertures. Un bandeau continu le sépare du premier étage percé de croisées soulignées d’un décor sculpté et d’un larmier.

La forte horizontalité de l’édifice n’était rompue que par un crénelage aujourd’hui disparu et une échauguette à l’angle nord-ouest dont la base en nid d’aronde indique l’emplacement. La porte, surmontée d’imposants branchages entrelacés entourant un écu sommé d’un heaume et soutenu par deux personnages, contraste avec l’austérité de l’ensemble.

Remaniée selon les goûts de l’époque classique, la demeure gothique prit, aux XVIIe et XVIIIe s. l’aspect d’un hôtel particulier. Au fond d’un passage voûté datant du premier édifice et décoré au XIXe s. des armes des Baroncelli, une vaste cour entourée de façades classiques, d’une grande élégance, ornée de lauriers roses dans des poteries d’Anduze, accueille aujourd’hui le visiteur.

Le palais du Roure

Au XIXe s., l’hôtel de Baroncelli-Javon fut désigné par Frédéric Mistral (1830-1914) qui le fréquentait assidûment, sous le nom de « Palais du Roure » (« palais du chêne »). Il devint alors un foyer du félibrige (mouvement pour la renaissance de la culture provençale).

En 1908, l’Hôtel fut vendu par la famille. Après avoir subi des préjudices considérables, il fut sauvé in extremis en 1918 par Jeanne de Flandreysy, originaire de Valence. Femme énergique et déterminée, collaboratrice du mécène marseillais Jules-Charles Roux, grande admiratrice et amie de Mistral, elle décida dès lors de se consacrer corps et âme à « l’œuvre de sa vie » : rendre son prestige au palais du Roure.

Dès l’achèvement des travaux de remise en état, elle entreprit d’y créer un foyer de culture méditerranéenne.

Son mariage, en 1936, avec le commandant Espérandieu, éminent archéologue et membre de l’Institut, apporta une dimension nouvelle à l’institution, par la création de la Fondation Flandreysy-Espérandieu, dont la ville d’Avignon hérita par donation en 1944.

Une aile est consacrée aux bibliothèques et archives concernant tout particulièrement la Provence et les régions de langue d’oc (ethnographie, histoire, archéologie, iconographie), ainsi que la littérature de l’Italie du Moyen Age (Pétrarque, Dante…) et des pays latins en général.

« Musée d’Atmosphère », le palais du Roure propose au visiteur des collections fort diverses et parfois inattendues, comme ces quelques souvenirs du philosophe et économiste britannique John Stuart Mill qui mourut à Avignon en 1873. Parmi ses trésors, la maison renferme un ensemble fort riche de mobilier provençal des XVIIIe et XIXe s., un plafond peint de la fin du XVe s., de rares toiles peintes murales du XVIIIe s., une galerie consacrée à l’œuvre du peintre symboliste belge Henry de Groux (1867-1930) qui séjourna dans ces lieux.

Un étage est consacré à l’ethnographie provençale : santons et crèches du XVIIIe s. au XXe s., costumes traditionnels, art populaire, outils anciens. On peut aussi y découvrir la célèbre patache (diligence) de Maillane et la presse qui servit à imprimer la première édition de Miréio en 1859, chef d’œuvre de Frédéric Mistral, ainsi que l’Aïoli, journal provençal créé au palais du Roure par Mistral et Folco de Baroncelli (1869-1943).

Une part importante est réservée aux souvenirs camarguais de Folco de Baroncelli, devenu manadier aux Saintes Maries de la Mer à la fin du XIXe s., qui fut un grand défenseur des traditions et sauva la race des chevaux et des taureaux de Camargue. L’une des plus belles demeures d’Avignon, le palais du Roure est aujourd’hui un haut lieu de la culture méditerranéenne.

Informations pratiques sur ce musée

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